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RECHERCHE SCIENTIFIQUE
alcool et santé physique

20/11/2001
La bière de table vraisemblablement plus saine qu’une boisson rafraîchissante

La forte augmentation de cancers du sein, perçue depuis une cinquantaine d’années, est attribuée à de nombreux facteurs, du retardement de la maternité à l’exposition à certains pesticides. Selon des scientifiques belges, la consommation croissante de boissons rafraîchissantes parmi les jeunes joue également un rôle. Contrairement à la bière de table, les boissons rafraîchissantes entraînent une augmentation de la concentration d’insuline, principalement chez les jeunes qui souffrent d’obésité. C’est ce qui ressort d’une étude belge. L’insuline joue un rôle dans le développement du sein. La perturbation de la régulation de l’insuline peut donner lieu à l’apparition d’un cancer à un âge plus avancé. Le cancer du sein apparaît plus fréquemment chez les femmes qui connaissent des problèmes de poids excédentaire à partir des premières années de l’âge adulte. La limitation des boissons rafraîchissantes et/ou le remplacement des boissons rafraîchissantes par la bière de table peuvent éventuellement constituer une mesure préventive par rapport au cancer du sein.

L’oncologue prof. Jaak Janssens du Contre Universitaire du Limbourg à Diepenbeek décrit des expérimentations pendant lesquelles des jeunes buvaient, après une période de jeûne de 12 heures, soit 33 cl d’une boisson rafraîchissante, soit la même quantité de bière de table (la bière de table belge contient 1,1 pour cent d’alcool; la consommation de cette bière de table était populaire chez les jeunes avant l’introduction des boissons rafraîchissantes). L’étude s’axait sur les modifications subséquentes intervenues au niveau de l’insuline, l’hormone qui règle le taux de sucre dans le sang. Comme on s’y attendait, le taux d’insuline présentait des pointes dans le groupe de teen-agers qui avait consommé des boissons rafraîchissantes, alors que de telles concentrations élevées ne se retrouvaient pas dans le groupe qui avait bu de la bière de table. Ceci n’a rien d’étonnant, puisque la bière de table contient moins de sucres simples, mais surtout des sucres complexes. Une nouveauté découverte lors de cette étude était la constatation que plus le jeune était obèse, plus la pointe d’insuline était importante après la consommation de la boisson rafraîchissante. Bizarrement, il s’est avéré que le taux d’insuline n’est pas fonction de la teneur en sucre dans le sang, ni du poids corporel en soi, mais bien de la présence de l’obésité.
Le Prof. Janssens, qui est également le président de l’European Cancer Prevention Organisation, suppose que l’insuline joue un rôle central dans le développement des seins, parce que l’insuline exerce une influence sur d’autres hormones, dont l’hormone de croissance et les hormones sexuelles. Une séparation inadaptée d’insuline à un moment critique du développement des seins peut faire apparaître des anomalies dans les cellules du sein. Des anomalies qui peuvent être plus tard à la base du développement d’un cancer du sein.

Il n’est pas rare que la consommation de boissons rafraîchissantes en combinaison avec l’absorption d’aliments hyper-caloriques au cours de la puberté débouche sur un problème d’obésité. Celle-ci amplifie la sensibilité de l’hormone insuline qui régule le taux de sucre dans le sang. Il n’est pas exclu qu’en réaction à ce phénomène, d’autres cellules corporelles, dont les cellules de la glande mammaire, soient moins sensibilisées à l’influence de l’insuline. Le risque existe de les voir se développer de façon anormale et être la cause d’un cancer du sein à un âge plus avancé.
On avait déjà constaté que la prise de poids s’accompagne d’un risque accru de cancer du sein chez les femmes occidentales dans les premières années de l’âge adulte. L’insuline constitue vraisemblablement l’explication de ce phénomène. Chez les hommes, un développement analogue (une consommation élevée de boissons rafraîchissantes et une obésité dès le jeune âge) semble déboucher sur un risque accru de cancer des testicules et de la prostate.

La bière de table ne contient que peu d’alcool (on n’a pas pu constater la présence d’alcool chez les jeunes qui ont participé à l’expérimentation citée ci-dessus) et elle est efficacement métabolisée par le corps, sans perturber la régulation de l’insuline. L’insuline joue vraisemblablement un rôle dans le cancer. Les mesures préventives, visant à ne pas perturber la régulation de l’insuline (comme la réduction des boissons rafraîchissantes et/ou leur remplacement par la bière de table) peuvent peut-être réduire les risques liés à certains cancers, dont le cancer du sein.
Il n’apparaît pas encore clairement aujourd’hui si une consommation élevée de boissons rafraîchissantes amplifie les risques liés au cancer. Des études épidémiologiques plus étendues seront nécessaires pour confirmer cette présomption.


Source: New Scientist 4 december 1999

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